Les phéromones apaisantes du chat

By Vanessa Gasser,

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Phéromones de synthèse et phéromones naturelles

 

Que ce soit chez le vétérinaire ou sur internet, dès qu’on parle d’un souci de comportement avec un chat, on nous recommande l’utilisation de phéromones de synthèse. Cela semble sage et part d’une bonne intention : elles sont certifiées « apaisantes », alors cela ne peut que faire du bien à notre minou puisqu’on va lui offrir une atmosphère positive ! Déduction logique et naturelle, mais qui ne prend malheureusement pas en compte tous les facteurs indispensables à une compréhension correcte de la situation, car on en oublie totalement la nature même du chat, au dépend de son bien-être…

 

Respecter la nature du chat

Le chat a beau vivre de plus en plus souvent au contact de congénères dans nos foyers, ce n’est pas son penchant le plus naturel : rappelons qu’il est un chasseur solitaire et territorial, qui par instinct protège son domaine de l’intrusion de congénères afin d’éliminer la concurrence qui pourrait lui dérober ses ressources.

 Bagarre chats

 

Et pour prévenir les visiteurs que le territoire est occupé, le chat va déposer de nombreux marquages signalant sa présence. Il existe bien-entendu des chats plus sociables que d’autres et le fait que l’humain lui donne suffisamment à manger peut diminuer leur envie d’entrer en conflit avec d’autres chats de passage afin de se préserver physiquement d’éventuelles blessures, mais ce n’est pas la majorité des cas : la plupart du temps, on remarquera bien que les chats n’apprécient pas du tout les irruptions de concurrents dans leur espace personnel…

Ce que l’on ne vous dit pas, quand on veut vous vendre ces articles, c’est que les phéromones sont individuelles et personnelles. Et comme ce produit n’est pas synthétisé sur les phéromones de votre chat, il ne pourra pas les percevoir comme siennes et va forcément les trouver étrangères, c’est à dire appartenant à un autre chat. Et c’est là qu’est tout le problème !
En fait, en diffusant ou vaporisant des phéromones synthétiques, vous lui faîtes croire qu’un autre chat a eu le culot de passer sur son territoire et même d’oser le marquer : oh, frustration, stress et courroux félin ! Ce n’est vraiment pas sympathique de faire subir cela à nos compagnons… L’utilisation de ce produit est donc à proscrire pour le bien-être de votre chat.

 Phéromones apaisantes chat

 

Oui, mais chez moi ça marche, mon chat n’a plus de problème

Non, ce n’est pas votre chat qui n’a plus de problème, mais uniquement vous !

Déjà, signalons que si nous, comportementalistes, avons de plus en plus de demandes d’interventions, c’est que les phéromones apaisantes du commerce n’apportent pas de solution miraculeuse, sans quoi nous n’aurions plus de travail… En règle générale, nos clients ont essayé ce produit, sans succès ou avec aggravation du problème. Mais soyons honnêtes, il y a des cas où les propriétaires ont obtenu le résultat attendu, et dans ce cas on ne nous contacte pas, bien entendu (nous verrons pourquoi ensuite).

Quand minou détruit le canapé ou la tapisserie, qu’il fait pipi partout ou se querelle sans cesse avec un de ses colocataires, ce n’est pas ce qui nous plaît le plus : il faut avouer que ça nous énerve généralement profondément même… Et c’est là que survient la première explication du soit-disant « miracle phéromones » :

     1. Les cas où le propriétaire résout le problème

Flèche    « mon chat faisait pipi partout, le vétérinaire m’a conseillé le F…… et depuis, plus de problème ! »

Cette situation est la plus fréquente : notre chat fait pipi partout, ça nous énerve, nous stresse, alors on dispute et on punit ce vilain chat qui nous empoisonne la vie (alors qu’on fait tout pour lui !). La situation s’envenime puis on se rend chez le vétérinaire ou sur internet et on nous explique que notre chat exprime un mal-être, qu’il faut acheter des phéromones apaisantes pour le rassurer.
L’ex « vilain minou » se transforme alors pour nous en « pauvre minou » : notre comportement s’adoucit par compassion et la certitude d’une amélioration rapide de la situation grâce au produit nous calme. Le chat retrouve une atmosphère plus sereine, moins conflictuelle et stressante, et cesse d’uriner partout. Ce n’est pas le produit qui a agit, mais uniquement notre attitude ! (l’étude menée par Gunn-Moore et Cameron en 2004 montre que 57% des cas étudiés on obtenu le même résultat avec un placébo qu’avec le soi-disant produit miracle !)

Ce soulagement ressenti permet un retour à la normale pour le propriétaire, mais ne règle pas le problème de base, qui avait poussé le chat à uriner hors du bac au départ… Les risques de récidive sont donc importants.

Flèche    « J’ai adopté Stina à l’âge de 6 mois et ses 2 premières semaines ont été catastrophiques. (…) Voilà qu’on me conseille F ….. et un protocole de bien-être et après quelques jours elle a complètement changé, elle est épanouie, très joueuse et câline ! »

Encore la même chose, et la réponse est donnée dans le message : la propriétaire à mis en place un « protocole de bien-être », qui aurait tout à fait suffit, sans la dépense pour l’achat du produit…

Dans ces cas précis, le soulagement du chat est tellement immense, que la gêne créée par la perception de phéromones étrangères lui paraissent dérisoires, mais il aurait mieux valu ne pas faire subir au chat cette sensation d’intrusion étrangère sur son territoire car certains individus y sont plus sensibles et l’amélioration apportée au niveau de son bien-être n’agira pas, car gâchée par le stress dû aux phéromones de synthèse : cela ne fonctionne donc pas souvent, et peut même empirer le problème :

Flèche   « Mon chat urine dans différents endroits de la maison, j’ai donc pris le diffuseur et le spray. Mais il a tendance à uriner par-dessus les endroits vaporisés au F…… !!! »

Normal, vu qu’il le perçoit comme le marquage d’un intrus : il tente de couvrir ces phéromones étrangères de sa propre odeur, car il est chez lui et veut le faire savoir.

Flèche   « Aucun effet sur mes deux chats qui étaient tous deux stressés de vivre ensemble, c’est passé avec le temps mais pas avec le F……. Aucun effet pour les voyages non plus ni pour les marquages urinaires ».

Ce propriétaire est perspicace car il s’est rendu compte qu’on pouvait attribuer une amélioration au produit, alors qu’il fallait juste un peu de temps au chat pour s’adapter à la situation, et que ses soucis n’étaient pas résolus avec le produit…

     2. Les cas où le temps fait son œuvre

Flèche    « Il faut le temps pour que l’animal se comporte différemment. Le diffuseur F…… m’a permis de déménager sans trop de problème pour ma minette. Je recommande sans hésitation ! »

Flèche    « J’ai testé ce produit sur mes chats qui étaient un peu nerveux suite à l’arrivée de bébé et cela a très bien fonctionné. »

Flèche    « Au bout de trois jours mes deux chats s’entendaient à merveille, se faisaient des câlins et dormaient ensemble. »

Flèche    « Je me suis procuré F…… spray et diffuseur que j’ai installé dans le nouvel appartement 72h avant son arrivée. En moins de 3h il baladait dans son nouveau territoire, et 24-48h après il était chez lui comme si de rien n’était. »

Il y a fort à parier que la durée d’adaptation ait été la même, voire même plus rapide sans le produit (les capacités d’adaptation sont différentes selon chaque individu) : heureusement que ces chats ne semblent pas trop sensibles à la sensation de présence d’un concurrent, sans quoi de réels soucis auraient pu survenir, comme dans ces cas :

Flèche    « Aucun effet sur le chat, au contraire : agitation renforcée. Je déconseille fortement ! « 

Flèche    « Dés la 1ère utilisation du spray, notre chat c’est montré plus craintif et c’est éloigné davantage. (…) Une vraie arnaque !!! »

Flèche    « Le seul changement que j’ai constaté c’est que la chatonne sauvage que je souhaitais détendre est devenue encore plus aigrie qu’avant. Elle feulait de temps en temps (…) mais rien de bien méchant. Maintenant quand je passe à côté d’elle, elle n’arrête pas de feuler, grogne et sort les griffes. C’est tout l’inverse de ce que j’espérais. »

Oui, si on ajoute un stress au chat, les effets néfastes sont fréquents, surtout quand l’individu est très prompt à défendre son territoire.

     3. Les cas particuliers où ça a réellement fonctionné

Flèche    « Notre chat de 9 mois était très nerveux auprès de personnes étrangères. Deux semaines de F…… et il est transformé. Il ne se cache plus sous le lit, il vient explorer et dans certain cas, se laisse toucher et caresser par des étrangers. »

Je pense vraiment que le temps d’adaptation, la patience et la mise en confiance des propriétaires sont à l’origine de ce changement (car 2 semaines d’utilisation, cela semble long quand même pour faire effet…) mais je vais garder l’exemple car certains chats sont d’une nature différente : ressentir la présence « apaisante » d’un autre félin peut rassurer des individus hyper sociables en manque de confiance. Mais l’effet ne dure pas, car ce fameux chat « rassurant » est invisible et on ne peut pas avoir d’interactions avec lui. Mieux vaudrait donc lui apporter un réel compagnon bienveillant ou poursuivre les actions humaines bénéfiques à son bien-être et sa prise de confiance car il peut ensuite survenir une frustration de ne pouvoir interagir avec ce copain introuvable.

Flèche    « J’ai 6 chats dont une un peu bagarreuse (…) depuis que nous avons branché F…… plus aucune bagarre, ils dorment ensemble et s’entendent très bien. De plus une de mes minettes était plutôt en retrait et craintive : depuis le branchement de F…… elle est bien moins craintive et réclame des câlins ! »

Flèche    « Mes trois minettes ont fait la paix grâce à ce produit. »

Dans ces cas précis, il semblerait bien que faire croire aux chats de la maison qu’un individu étranger soit passé sur leur territoire ait poussé les félins résidents à resserrer leurs liens pour se liguer contre l’intrus : ils ont créé une sorte de coalition anti-indésirable. Mais c’est que leur entente d’avant n’était pas si difficile que cela, sans quoi ça n’aurait pas marché. Et les cas d’augmentation des tensions à cause du stress causé par l’utilisation de ce produit sont plus fréquents que les cas de rapprochement, c’est donc un peu la roulette russe :

Flèche    « le diffuseur n’a pas marché chez moi et (…) obligée (maintenant) de séparer ma minette et le chat en garde de mon fils, portes fermées obligatoires, pas de répit. »

Flèche     « Les miens, ça les rendait agressifs….. l’effet contraire quoi…. »

Flèche    « Ils se sont transformés en tigres fous furieux en quelques heures après le branchement du diffuseur »

Flèche     « Non seulement ça n’a calmé aucun des chats mais j’ai même l’impression qu’ils sont encore plus agressifs depuis que les diffuseurs sont branchés… »

Ensuite, on trouve parfois des arrêts des marquages éliminatoires ou griffades tant qu’on utilise le produit :

Flèche     « Mon chat urinait partout et depuis que j’ai branché le F…, il s’est arrêté ! Mais dès que le produit est vide, il recommence… »

Flèche     « J’ai pulvérisé le produit sur le canapé pour que mon chat arrête d’y faire ses griffes, depuis, il l’évite et n’utilise que l’arbre à chat ! « 

C’est tout à fait logique d’en conclure que le produit à fait son travail, qu’il est efficace. Cependant, si c’est un gros soulagement pour le propriétaire, ce n’en est pas un du tout pour minou, bien au contraire… Ici les chats ont un tempérament moins affirmé : en gros, ils ont « cédé » la propriété du territoire au chat invisible, ne souhaitant pas entrer en conflit, sont même parfois morts de trouille, et ne le marquent donc plus de peur d’être attaqués s’ils osent marquer. Ils ne se sentent plus chez eux, peuvent avoir constamment peur de rencontrer l’intrus (pas cool de subir ce stress). Puis quand le chat ne perçoit plus le produit (qu’il en déduit que l’autre félin a quitté les lieux), il tente de reprendre possession du territoire via ses marquages : ça traduit une reprise de confiance, et c’est là que le propriétaire remet du produit… (zut, flûte et reflûte ! :o( )

 

Quand peut-on alors utiliser les phéromones de synthèse ?

Hé bien certains comportementalistes disent jamais, mais après réflexions et recherches personnelles, je pense que diffuser des phéromones apaisantes dans les pensions pour chats et chez le vétérinaire peut s’avérer bénéfique. Pourquoi là-bas et pas chez vous ? Parce que ce sont des lieux emplis de phéromones de stress dégagées par les chats précédents, et qu’alors, quitte à percevoir la présence antérieure d’autres chats, autant qu’elle soit ressentie comme positive plutôt que négative. (= bien aérer après le passage d’un félin angoissé puis diffuser des phéromones apaisantes pour couvrir le reste des phéromones de stress). Et puis surtout parce que ce sont des endroits de passage, que ce n’est pas le territoire du chat alors pas d’intrusion à punir car il n’éprouvera pas le sentiment rageant qu’un congénère s’est introduit chez lui, contrairement à la propagation de phéromones étrangères sur sa propriété…

 

Conclusion et solutions alternatives

Le chat domestique est un animal territorial qui, par nature, n’apprécie pas l’intrusion de chats étrangers sur son territoire. Et les phéromones du commerce étant perçues comme celles d’un félin inconnu (car ce ne sont pas les siennes), nous recommandons vivement de ne jamais utiliser ces phéromones de synthèse dans vos foyers, si recommandées qu’elles soient par des gens satisfaits ou des vétérinaires : il en va du bien-être de nos petits compagnons territoriaux.

Et même si certaines utilisations ont permis au propriétaire d’obtenir le résultat escompté, ces « résolutions miracles » restent presque dans tous les cas : rares, souvent d’effet temporaire, traduisent une perte de confiance ou sont dues à d’autres facteurs que le produit lui-même. Par contre, les risques d’inefficacité (pour les chats peu sensibles à la présence de félins étrangers) ou d’aggravation (pour les chats à fortes velléités territoriales) sont bien supérieurs…

Il existe des solutions réellement efficaces et durables qui ne cachent pas les problèmes mais les résolvent, et seule une personne bien formée à l’art de la compréhension de la situation dans son ensemble (nature du chat domestique et tempérament de votre chat + perception de l’environnement et du mode de vie de l’individu) pourra proposer les propositions adaptées et individualisées nécessaires : c’est à cela qu’est dédié le bon comportementaliste félin.

Flèche    La visite d’un professionnel correctement formé et compétent vous coûtera en moyenne le prix de 2 ou 3 mois d’utilisation du produit, règlera de façon plus certaine le souci, et sans risque d’effets néfastes.

Mais toutes les situations n’amènent pas à une demande d’entretien et on peut effectivement apporter une éventuelle aide grâce à des phéromones apaisantes, à conditions que ce soit celles de votre chat ! Pour découvrir comment procéder pour les récupérer et dans quels cas on peut les employer, nous avons créer la page du Chami (la technique reste applicable sur un tissu normal ou une compresse, un tissu éponge standard : le Chami est juste plus performant de par l’étude de sa confection et les herbes à chats calmantes qu’il contient – Actinidia polygama et nepeta cataria, disponibles aussi en spray garanti 100% naturel et sans HE).

 Chami, phéromones apaisantes chat                Menthe à chat b 

 

Edenvane – Vanessa GASSER

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  1. chasseur solitaire???? comment expliquez vous alors que les chats sauvages vivent en meute??? mdr


    • Bonjour Dera.

      Attention, je me dois de rectifier : aucun chat ne vit en meute. Le loup oui, mais pas le chat. 😉
      Et le chat sauvage ne vit JAMAIS en groupe, les individus ne se côtoient que pour la reproduction. Mais je pense que vous confondez en fait chat sauvage (Felis silvestris silvestris : https://fr.wikipedia.org/wiki/Felis_silvestris) et chat haret ou errant (qui est un chat domestique retourné à une vie « sauvage » : https://fr.wikipedia.org/wiki/Chat_haret) : ne vous en faîtes pas, c’est une erreur très fréquente chez les débutants. 😉
      Pour répondre à votre interrogation : tous les chats errants ne vivent pas en groupe, loin de là. Mais le chat domestique est un opportuniste et certains individus trouvent plus d’avantages dans certaines situations à « tolérer » par moment et/ou à certains endroits la présence de congénères, voire même à partager leur quotidien avec un ou d’autres chats (cela se retrouve principalement chez les femelles de mêmes lignées), qu’à vivre une vie solitaire. Mais il faut pour cela que plusieurs critères soient réunis (comme un bon degré de sociabilité et une quantité de ressources importantes), sans quoi leur nature solitaire et leur instinct de préservation ne tolèrent pas des moments de vie en communauté.
      C’est uniquement la présence humaine qui provoque ces adaptations, et en zone non civilisée, hors modifications apportées par l’Homme, on ne trouvera pas de groupes de chats, mais uniquement des chasseurs solitaires (c’est pourquoi on parle de nature solitaire).
      Nombre d’individus d’autres espèces ont également appris à s’adapter à la présence humaine en certaines situations, et le chat ne fait pas exception, mais l’adaptation de certains individus ne modifie pas la nature propre de l’espèce entière.