La propreté du bac à litière

By Vanessa Gasser,

  Filed under: MIEUX LE CONNAITRE
  Comments: None

Le chat et la litière propre

 

Les chats apprécient que leur litière soit propre, c’est bien connu, non ?
Mais comment en est-on arrivé à cette conclusion ? Une simple observation suffit : à peine le substrat du bac est-il changé que minet y accourt, montrant son grand « plaisir ».

Je me suis d’ailleurs servi de vrais commentaires (en italique) publiés en réponse au sujet « Quand je fais les litières, mon chat arrive en courant », comme base de certaines réponses.

 

« Les chats aiment quand c’est propre. »

C’est un bilan auquel on peut aboutir simplement, pas besoin de se limiter aux bacs à litière : rien de plus immaculé qu’une surface javellisée, attractif célèbre pour chats, pour les rendre euphoriques. Certains se roulent même sur le sol après un simple lavage au produit ménager, comme pour nous montrer leur inclination pour l’hygiène.

Cependant, nombre de ces mêmes chats se roulent et se frottent de façon identique – et avec le même « plaisir » visible – sur ce qui nous semble bien moins hygiénique ou sent mauvais : nos petites culottes sales1, nos vieilles chaussures2, nos sacs de sport usés…

De plus, dans un groupe on peut constater que certains bacs sont très utilisés par de nombreux fidèles (que les chats y vont même quand c’est très sale) et que d’autres litières sont totalement délaissées, restent même parfois totalement propres et n’attirent pas nos compagnons : ce qui tend encore à confirmer que la propreté n’est pas le critère de choix, mais que le placement et l’attrait des bacs priment.

N’y aurait-il pas ici une sévère contradiction dans leur comportement ? Ou bien avons-nous tout simplement, cette fois encore, mal interprété les causes de leurs réactions ?

Des études récentes sur le sujet tendent à prouver que nos conclusions sont naturellement faussées par notre propre penchant pour la pureté et que le chat n’apprécie pas plus ce qui propre ou sale à nos yeux. Il se contente en fait d’essayer d’estomper ce qui sent trop fort pour lui et perturbe son odorat hyper-sensible (les produits parfumés ou odorants), et il choisira la méthode qui lui semble la plus adaptée pour y parvenir. En général le marquage pour recouvrir ces fortes effluves se fait par dépôt phéromonal (frottement des joues et du long du corps) ou dépôt d’urine (il fait pipi dessus), selon les préférences de minet.

 

 balai

 

Et pour l’attrait vers la litière neuve alors ?

Si le chat n’y est pas attiré par une forte odeur gênante qu’il veut tenter de recouvrir de ses marquages (c’est le cas avec la javel, le vinaigre, le citron ou tout autre produit fort, qu’il ne faut donc pas utiliser dans le bac puisque, même si l’effet désiré pour nous est obtenu – le chat va faire dans sa caisse3 – notre compagnon y subit une nuisance sévère à cause de l’ultra-sensibilité de son odorat = négatif pour lui), il reste un animal très territorial, qui a un réel besoin de marquer son territoire. Changer le substrat du bac revient à lui enlever ses marquages éliminatoires, retirer sa signalisation de « propriété privée » : il lui faut donc vite remettre des indicateurs de sa présence dans ce bel espace tout prêt à les recevoir !

Non sensibilisé à l’hygiène, il acceptera donc également très bien que son bac soit proche de son lieu d’alimentation, contrairement aux idées reçues. Mais pour ne pas risquer de contaminer la nourriture avec les résidus de fèces, le propriétaire l’évitera autant que possible, sauf s’il héberge un chat qui s’angoisse au moment des repas (l’odeur de ses urines rassure le chat, c’est pourquoi certains individus stressés urinent partout dans la maison : ils tentent de retrouver leur effluve apaisant en tous lieux).

 

Si la propreté du bac lui importe peu, puis-je le nettoyer moins souvent ?

Cela dépend de plusieurs choses. Premièrement : votre envie ! Je ne conseillerai pas aux propriétaires d’un grand nombre de chats vivant ensemble de trop espacer les nettoyages, pour ne pas favoriser la prolifération des agents pathogènes. Mais si vous n’avez que peu de chats et suffisamment de bacs adaptés et attractifs, rien ne vous empêche de retirer les excréments tous les 2 ou 3 jours et de nettoyer une fois par semaine.

Deuxièmement : les préférences de votre petit compagnon. Certains trouvent leurs bacs idéaux pour les éliminations. Ils se réjouissent quand on leur propose un bac tout disposé à accueillir leurs nouveaux marquages (ce qui leur offre une occupation toute trouvée dès que vous avez fini le nettoyage) et sont rassurés de constater que leurs marques y perdurent quelques temps, qu’elles restent donc efficaces. Pas besoin de s’inquiéter de ces nombreux sujets-là : tout leur va, et on peut alors changer quand cela nous convient.

Mais il existe deux autres visions félines de la chose…

 

 Litière

 

Les marquages éliminatoires hors du bac.

Ce qu’on appelle la malpropreté (pour nous uniquement, puisque le chat ne trouve pas que cela soit sale), est en réalité un comportement globalement mal interprété par l’humain. Pas d’histoire de vengeance ou de jalousie : le chat ne connait pas. Il ne vit que pour satisfaire ses besoins et son instinct, assurer sa survie, trouver et garder un état de bien-être général : ce n’est pas un calculateur machiavélique.

Hormis la recherche d’une amélioration de son état physique ou émotionnel (là, c’est aux conseils du vétérinaire ou du comportementaliste qu’il convient de faire référence), on retrouve généralement deux différents comportements, selon la fréquence de nettoyage des litières, mais ayant la même finalité : le chat fait ses besoins hors du bac.

 

« On avait une gouttière : s’il y avait le moindre caca dans la litière, elle faisait devant. »

Là, c’est simple : si le bac n’est pas marqué, c’est ce que l’on fait en priorité car le substrat est attractif. Ensuite :

  • soit le lieu ne permet pas une grande efficacité des marquages (par exemple quand le bac est placé dans un endroit peu visible – du genre toilettes, salle de bain, cave ou placard – ou qu’il y a présence d’un couvercle cachant ses marques) : le chat choisira de mettre ses dépôts odorants suivants en des lieux plus appropriés,
  • soit le chat ne trouve aucune utilité à re-marquer l’endroit, même idéal, puisqu’il est déjà efficacement estampillé (il est déjà détenteur de ses éliminations). Minou garde en ce cas sa « production digestive » pour un autre emplacement, qui se verra tout aussi efficient ou qui mériterait bien d’accueillir un petit rappel de sa présence sur le territoire…

Dans le premier cas, on enlève les couvercles et déplace les bacs dans des pièces avec plus de passage mais en coin assez calme et protégé, surtout s’il y a quelques conflits dans le groupe ou que l’individu n’est pas très « sûr de lui », car rappelons que nous sommes tous plus vulnérables au moment d’éliminer.

Dans le second cas, si le placement et la visibilité sont corrects, c’est simplement qu’il n’y a pas assez de litières : le territoire doit pouvoir se marquer des éliminations en plusieurs endroits pour ces chats. Il faudra alors penser à disperser les bacs pour couvrir plusieurs points stratégiques.

On peut aussi tenter de systématiquement ôter les excréments, ce qui forcera le chat à réserver ses rares fabrications biologiques pour le marquage du bac, mais la satisfaction n’est pas la même pour nos grands territoriaux que quand le territoire est marqué stratégiquement, et cela amène certains frustrés de la situation à tenter de trouver une solution convenant plus à leurs besoins…

 bac

 

Le chat victime de la litière trop propre…

Imaginez que vous mettiez une étiquette à votre nom sur votre boîte aux lettres et que systématiquement quelqu’un vous la retirait, inlassablement tous les jours… Il y a fort à parier qu’à force de déceptions, vous tentiez de faire perdurer votre marque identificatoire par un autre moyen, comme avec un marqueur indélébile par exemple. Hé bien c’est un peu ce que ressent le chat à qui l’on dérobe les repères trop souvent : il va essayer de matérialiser sa présence en d’autres endroits, qui se révèleront – peut-être ? – plus propices à leur durabilité, comme sur le lit ou le canapé par exemple.

Et tandis que minou tente de trouver un remède à son problème de territorialité, nous, nous ne le comprenons pas : sa litière est toujours propre, pourquoi ne va-t-il pas dedans au lieu de souiller notre intérieur ? En découle généralement – à minima – des réprimandes à cause de notre incompréhension, ce qui engendre un stress certain à notre petit hôte poilu et l’amène à un besoin de se rassurer, souvent soulagé par des marquages supplémentaires… La complexité de résolution de ce cercle vicieux doit prioritairement être confiée à un bon comportementaliste, mais on peut toujours tenter de stopper totalement les réprimandes, augmenter le nombre de bacs attractifs et la durée de permanence des éliminations (dans la nature, elles se dégradent avec le climat, l’action des astres et les insectes : 2 ou 3 jours semble être la périodicité de remplacement spontané des marquages. On peut donc s’y référer).

Un peu de patience sera nécessaire pour qu’il comprenne qu’il y a un changement, mais je recommande l’entretien comportemental, surtout si ces conseils s’avèrent insuffisants à la résolution de la problématique.

 

« C’est le seul à faire ça ! »

Oui, nous l’avons vu, tous les individus ne réagissent pas de la même façon : mais c’est pareil pour l’humain car nous sommes tous différents.

Reste à la charge du propriétaire de bien relire cet article pour trouver dans quel cas de figure se trouve son chat et choisir la solution de gestion des bacs à litière qui satisfera les deux parties, ou de faire appel à un spécialiste du comportement félin pour s’assurer de faire au mieux.

 

« Je pense quand même que c’est plutôt une histoire de domination que de propreté », « pour montrer sa domination envers les autre chats (c’est moi le premier) »

Bon, ce n’est pas par attirance pour la propreté que de se rendre de suite dans un bac changé, on l’a vu. Mais alors une question de domination ?

Non, on l’a expliqué : c’est à cause du besoin de marquage de territoire efficace. La preuve en est que l’on retrouve les mêmes comportements sur des chats vivant seuls (domination sur qui à ce moment-là ?). Il y a parfois utilité à marquer un lieu déjà utilisé par un congénère, pour que chacun puisse affirmer sa présence, mais tous n’agissent pas de même.

Mais la question de domination mérite d’être soulevée car c’est encore une fausse interprétation humaine que nous, professionnels du chat, nous devons de réfuter pour éviter l’apparition de certains autres soucis liés à notre mauvaise compréhension de certains comportements.

Premièrement, la mise en place d’une organisation hiérarchique se fait sur des siècles et nécessite l’existence des nombreux critères qui la définissent. Le chat est un animal solitaire, il n’a donc jamais eu à se soucier de cela : pas de préoccupations hiérarchiques quand on vit naturellement seul !

Pourtant, certains petits félins se retrouvent à vivre avec des congénères, que ce soit par obligation (dans nos foyers) ou par choix de facilité (quand d’importantes ressources se trouvent en un même lieu et attirent de nombreux chats). En ces cas précis, mieux vaut tenter de cohabiter – tant que possible – sans trop de heurts, pour éviter les conflits qui apporteraient des blessures et mettraient leur survie en jeu.

On pourra alors observer qu’une entente se met en place : chacun exprimera ses priorités et fera des concessions pour maintenir le climat le plus harmonieux possible entre les individus se côtoyant.
Mais si nous nous ne voyons que celui qui écarte les autres de la gamelle quand il veut manger en journée, eux savent bien qu’ils auront – selon leurs arrangements – la primeur du meilleur coin du canapé le soir, la préséance au bac à litière du couloir le matin ou la primeur d’accès au griffoir de la chambre après la sieste… Tout est question de compromis dans les groupes de chats, et il n’existe en conséquence absolument pas de dominants ou dominés, même si certains sont dotés de velléités territoriales ou de tempéraments plus importants que d’autres. Nos observations peuvent encore nous tromper en ce cas-là puisque nous n’avons qu’une vision partielle de la situation (circonstance, lieu, moment, humeur, etc.) et que surtout… nous ne parlons pas chat, donc n’avons pas accès à toutes les informations qui nous permettraient de comprendre la situation dans son ensemble.

La question de l’existence d’une hiérarchie chez le chat domestique n’est même pas envisageable pour les scientifiques et reste résultat d’une mauvaise analyse de certains comportements par les propriétaires.

Notons également que même en cas de vie en groupe à l’état naturel dans une espèce, il n’existe pas obligatoirement d’apparition de domination et soumission, que cela reste très complexe à mettre en place, et que des études récentes ont même remis en cause le concept d’existence d’une hiérarchie de dominance/subordination chez le chien. Mais je laisse ce combat à mes confrères comportementalistes et éthologues canins…

 

Conclusion

Nos observations nous font penser que le chat apprécie la propreté de sa caisse : son comportement démonstratif à l’arrivée d’un bac propre et, dans certains cas, son retour à une utilisation stricte du bac suite à nettoyages plus fréquents des litières.

Mais certains échecs de ces préconisations et de nouvelles études sur les comportements du chat nous obligent à repenser nos interprétations, modifier notre gestion des bacs à litières.

Et les résultats obtenus par les comportementalistes formés aux nouvelles analyses se montrant désormais dans quasi tous les cas d’origine environnementale efficaces, cela confirme l’erreur de nos interprétations antérieures (ce qui conduisait parfois à des modifications inadaptées et une aggravation de la problématique).

Mais ne soyons pas dupes : passer outre nos propres impressions personnelles et les vieilles croyances communes bien ancrées relève de la gageure. Par exemple, nous rencontrons encore très souvent des personnes qui souhaitent faire une portée à leur chatte, persuadés que c’est essentiel à son bien-être… C’est pourquoi nous ne prétendrons pas ici convaincre en un article tous les propriétaires de chat – et même de nombreux professionnels félins – en particulier ceux certains du bien-fondé de leurs conclusions d’observations personnelles, ou de l’enseignement basé sur des résultats de synthèses anthropomorphiques qu’ils ont reçu, mais espérons simplement avoir titillé la curiosité de certains d’entre eux, pour que cette idée nouvelle ait la possibilité de se rependre doucement…

Et enfin, même après avoir lu cet article, ne changez pas forcément votre gestion actuelle des litières si elle vous satisfait et semble convenir à votre chat : ce petit malin sait souvent très bien s’adapter à la situation !

 

 

1 https://www.youtube.com/watch?v=g8Sokx-s9iA

2 https://www.youtube.com/watch?v=5rFXGV5Qyss

3 Si vous souhaitez mettre un attractif positif dans la litière, utilisez de l’herbe à chat (nepeta cataria) ou de l’huile d’olive

 

Edenvane – Vanessa GASSER

Comments are closed for this post.